Abbaye Saint-Louis-du-Temple
L’abbaye Saint-Louis-du-Temple de Vauhallan, aussi appelée abbaye de Limon, a été fondée en 1816 à Paris par la princesse Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé. Elle a ensuite déménagé à Vauhallan dans les années 1950. Les moniales bénédictines y vivent encore aujourd’hui.
Les Origines à Paris (1816)
La fondatrice : La princesse Louise-Adélaïde de Bourbon-Condé (devenue Mère Marie-Joseph de la Miséricorde) a créé le monastère à son retour d’exil.
Le lieu initial :
Le roi Louis XVIII lui a donné le domaine du Temple à Paris, l’endroit où la famille royale fut prisonnière pendant la Révolution. C’est de là que vient le nom de l’abbaye.Les Déménagements et l’Arrivée à Limon (1950)Les départs successifs : La communauté a dû quitter le quartier du Temple en 1848, puis s’est installée rue Monsieur à Paris et à Meudon avant la Seconde Guerre mondiale.
La construction à Vauhallan :
Entre 1950 et 1957, les religieuses ont fait bâtir le monastère actuel sur le domaine de Limon, un lieu calme de l’Essonne. Les vitraux de Mère Geneviève Gallois : La chapelle abrite des vitraux uniques et colorés, créés entièrement par une religieuse et artiste du monastère.
Vous pouvez consulter le site officiel de l’Abbaye de Limon pour préparer une visite.
Mère Geneviève Gallois
Née en 1888, Geneviève Gallois entre en 1907 aux Beaux Arts de Montpellier.
En 1909, son père l’installe à Paris. Grâce à L. A. Willette, elle commence une carrière prometteuse de caricaturiste. Elle découvre les Bénédictines de la rue Monsieur, participe à la liturgie, et se convertit.
En 1918, elle entre au monastère. L’apprentissage de la vie monastique est rude à sa grande sensibilité, et ce n’est qu’en 1933 qu ‘elle prononce ses vœux : c’est le bond dans l’inconnu, la consécration monastique.
Mère Geneviève pensait avoir déposé crayons et pinceaux pour toujours. Mais le Docteur Alexandre (déjà mécène de Modigliani) découvre son talent et obtient pour elle de l’abbesse la permission et le temps de dessiner.
En 1951, la communauté déménage à Limon.
Devant la reconnaissance de plus en plus importante du talent de Mère Geneviève, la supérieure se rallie à l’idée soulevée par Paul Alexandre : lui confier la réalisation des vitraux du nouveau monastère situé à Vauhallan, dans l’Essonne au lieu-dit Limon.
Mère Geneviève, dans une obéissance toute monastique, accepte ce projet comme étant la manifestation de la volonté de Dieu et abandonne la gravure. Ainsi, le 22 avril 1951, Marie Laurencin accompagne Mère Geneviève sur le chantier de la nouvelle chapelle pour qu’elle puisse voir les fenêtres qui contiendront les futurs vitraux.
Mère Geneviève ignore tout de ce nouveau métier, et se met immédiatement au travail pour en acquérir rapidement les premiers rudiments. Elle voit immédiatement les grandes verrières qui se trouvent en face de la nef des moniales et elle va en faire une sorte de résumé de la foi chrétienne, du catéchisme, de ce qu’il faut croire pour être sauvé. Il y a vraiment l’essentiel : la foi depuis la Création jusqu’à la Rédemption.
Octobre 1962, 10 jours après la pose du dernier vitrail, Mère Geneviève s’éteint.
Les vitraux de l’église abbatiale
4 familles de vitraux.
Ceux du sanctuaire, (de 1 à 5) situés à droite de l’autel sont lumineux le matin et mélangent le bleu, le vert, l’orange, le jaune et le violet.
La grande verrière est détaillée ci-dessous
1 – La création et la chute
Verrière de gauche
En haut à gauche, puis de haut en bas, sauf le plus bas.
1- Dieu médite sur la création du monde
2- Dieu crée les anges
3- Chute des Anges : l’Archange Saint Michel les précipite d’un coup de lance, la désobéissance est née.
4- Cascade pathétique des corps des Anges.
En haut à droite, puis de haut en bas, sauf le plus bas.
5- Dieu infuse son souffle divin dans les narines de l’homme qu’Il vient de créer.
6- Adam et Eve dans le paradis terrestre, assis dans l’herbe, chacun accompagné de son ange gardien, écoutent Dieu qui les instruit.
7- Incitée à la désobéissance par le serpent, Eve mange une pomme à pleines dents et offre l’autre à Adam : le péché originel. Voilà la racine des cent mille souffrances qui brisent l’humanité.
8- L’Ange, armé de l’épée de feu chasse Adam et Eve du paradis terrestre et ferme la porte.
En bas, à gauche, puis à droite
9- L’homme est tiraillé entre le démon qui veut le perdre et Dieu qui veut le sauver. La Vierge Marie miséricordieuse, pose sa main sur la tête de l’homme pécheur.
10- L’homme est désormais voué à la souffrance et à la mort. Le démon, vert, court devant lui.
2 – L’Eucharistie et les Sacrements
Verrière du centre
-1- (les deux du haut dans le cintre) La Cène : le Christ institue l’Eucharistie . Il tient le calice dans sa main gauche, et lève le pain de la main droite. Deux disciples sont saisis par la gravité du moment. Judas, courbé en deux, sort pour accomplir sa trahison.
-2- (les deux en dessous) Le Vendredi Saint : Jésus, au jardin des Oliviers à Gethsémani, le visage douloureux, prie, seul, les mains jointes. Trois apôtres dorment. L’atmosphère est sombre et dramatique.
-3- Le baiser de Judas. Un garde, à l’expression brutale, saisit le Christ. Les disciples, tout en regardant la scène, s’enfuient.
-4- La Crucifixion. L’Eglise est créée. Dans une main, elle reçoit, dans le Calice, le Sang du Seigneur Rédempteur. De l’autre elle abrite sous son manteau les nouveaux chrétiens. Les sacrements vont mettre à leur portée cette nourriture divine pour l’Eucharistie et la Pénitence : une fois dans la vie, pour le Baptême et la Confirmation, éternellement pour l’Ordre et l’Extrême Onction.
-5- (à gauche) Le Baptême
-6- (à droite) La Confirmation
-7- (à gauche) L’Eucharistie
-8- (à droite) La Pénitence et la Réconciliation : l’Ange déploie ses ailes au-dessus de la scène
-9- (en bas à gauche) Le Sacrement de l’Ordre, dignité sublime, qui fait du prêtre un représentant du Christ : « Alter Christus » (l’autre Christ)
-10- (en bas, à droite) Le Sacrement des malades : l’Extrême Onction, est la dernière purification
3 – L’Incarnation et la Rédemption
Verrière de droite
1- (Les deux du haut, dans le cintre) L’Annonciation : l’Ange Gabriel, vêtu d’une robe jaune, couleur de lumière et d’une cape verte, arrive devant Marie, une large main ouverte au-dessus d’elle. En signe d’assentiment, celle-ci lève une main en direction de l’Ange.
2- (à gauche, en dessous) Le Magnificat : le « Oui » de Marie. Je suis la servante du Seigneur. « Qu’il me soit fait selon ta parole » .
3- (à droite) Le Baptême du Christ par lequel Il va commencer sa vie publique
4- (à gauche en dessous) Les tentations : le diable, tout vert, tente le Christ par trois fois. La façon dont Jésus répond aux tentations rachète la désobéissance d’Adam et Eve : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu »
5- (à droite) « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu ».
6- « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que lui seul » Le diable abandonne et Le laisse
7- Le Christ est assis, dans la paix, les Anges le vénèrent
8- Le Christ enseigne ses disciples
9- Le Notre Père : « Seigneur, apprends-nous à prier » disent les disciples. Jésus répond : « quand vous priez, dites : Notre Père qui êtes aux cieux »
4 & 5 L’Annonciation et l’Assomption
De part et d’autre des verrières,
L’Annonciation
L’Ange désigne la Vierge et l’entoure de ses ailes. La Vierge, souriante, lève ses mains en guise d’acceptation. Au sommet du vitrail, la colombe du Saint Esprit attend le « Oui » de Marie.
L’Assomption
La Vierge, les bras levés, est portée vers le ciel par quatre anges qui la contemplent avec vénération.
Les vitraux de la nef
A dominante rouge, orange, violet, 6 – 11
A droite, le Cantique des cantiques (6), la Consécration Monastique (7)
A gauche, la Liturgie (8) le Paradis (9)
En tribune, l’Ange du Silence et la Prière (10 et 11)
Le Cantique des Cantiques
En haut, le Bien-Aimé regarde par la fenêtre, et demande à la fiancée d’ouvrir. Elle est assise dans sa petite cellule, regarde par la fenêtre son Bien-Aimé. Elle n’ouvre pas, et le Bien-Aimé s’en va.
Elle se ravise ensuite et ouvre la porte, mais il a disparu. Elle sort pour le chercher. Il n’est plus là.
Eperdue, elle court, son désarroi est visible dans le tourbillonnement autour d’elle.
La Consécration monastique
A droite du vitrail du Cantique des cantiques.
Dans le cintre, le Seigneur Dieu accueille la novice, conduite par son ange gardien, et la novice, un cierge à la main, s’apprête à le suivre.
En dessous, la novice, à genoux, fait le vœu de virginité. « Promitto », je promets, et mets les mains dans les siennes.
Ensuite, les bars levés au ciel, elle chante : « Suscipe me Domine » « Reçois-moi, Seigneur »
En bas, la nouvelle consacrée lève la main droite et montre aux anges l’anneau nuptial, symbole de son engagement.
Elle reçoit ensuite le bréviaire, livre qui la guidera durant sa vie monastique.
L’Ange du Silence
Situé dans la tribune en haut, et peu visible d’en bas.
Un Ange est assis sur les marches d’un escalier qui conduit à une tour. Dans la tour, apparaît le visage d’une moniale. Elle prie en silence.
L’Ange, un doigt sur la bouche, son autre main levée, prescrit le silence. Le silence est prescrit à ceux qui cherchent le retour à Dieu, la parole de l’homme s’efface devant la parole de Dieu.
La Liturgie
Coté gauche de la Nef, près du chœur.
Dans le cintre, le chant de louange des Anges et des Séraphins retentit. Le Seigneur les fait taire, car ils l’empêchent d’entendre les prières de son Eglise, en bas sur la terre. Tout penauds, Anges et Séraphins se taisent. Ils regardent en bas vers la terre.
En dessous du cintre, les trois personnes de la Sainte Trinité.
In Paradisium
A coté de la tribune, côté gauche de la Nef, à droite de la Prière.
C’est le thème de la mort chrétienne. « In paradisium deducant Angeli » « Que les anges te conduisent au Paradis ».
Le vitrail se lit de bas en haut.
En bas, deux Anges, souriant d’une joie divine, pleins de bienveillance, enlèvent dans leurs bras la moniale qui sort de son tombeau, dans sa robe blanche. C’est le moment de la résurrection.
La moniale, les bras levés, monte au ciel. L’un des Anges tient une palme, comme une couronne au-dessus de sa tête. L’autre Ange s’incline devant elle. Elle est accompagnée, tout à gauche, d’une élue de Dieu et porte , elle aussi, une palme.
En haut, dans le ciel, dont la porte est ouverte, d’autres Anges, tout joyeux, tendent les bras vers elle, pour l’accueillir pour un bonheur sans fin, la vie éternelle.
La Prière (ora)
Situé dans la tribune en haut, et peu visible d’en bas, en face de l’Ange du Silence, coté gauche de la Nef.
Une moniale est assise dans sa cellule, et son Ange gardien lui apprend à prier. Prier n’est pas facile, et elle écoute la leçon :
« Répétez encore, Bon Ange … »
« Voici, la prière n’est pas une chose facile que l’on dit, mais une chose que l’on vit : toute la vie doit y passer, du matin jusqu’au soir ».
Les vitraux au-dessus de l’autel
Ces vitraux ne donnent pas sur l’extérieur. Ils sont donc éclairés par une lumière électrique.
A gauche : « Ma maison sera appelée maison de prière »
Quelle est donc cette maison ? Mais c’est notre Abbaye.
Deux Anges, dans le cintre, se penchent au-dessus d’une chapelle sur laquelle ils veillent continuellement. Dans le registre du bas, à gauche, le prêtre célèbre la messe et à droite les fidèles se recueillent et prient.
Au centre : « Ce lieu dans lequel le prêtre prie, est saint »
Le vitrail fait allusion à la cérémonie de dédicace de l’église. Le prêtre est debout dans l’attitude de la prière. Deux servants le regardent. Au-dessus, les deux Anges tendent leurs mains vers le prêtre.
A droite : « Bénis, Seigneur cette maison que j’ai construite à Ton Nom »
« Benedic Domine Domum istam quam aedificavi Nomini Tuo »
Ce vitrail est un hommage aux bâtisseurs de l’Abbaye : une religieuse penchée sur le sol taille une pierre à bâtir. Une autre la porte vers le sommet, et une dernière la pose à sa place.
Dans le cintre, Dieu bénit les moniales. Mère Geneviève le consacre à la gloire de sa communauté, de la mère Abbesse et de toutes celles qui ont travaillé de leurs mains pour construire le monastère Saint Louis du Temple de Limon.
Le chœur des moniales
Les vitraux sont inspirés des psaumes. Ils sont dans un espace réservé aux moniales.
Miserere : Psaume 50
En bas, les pénitents se frappent la poitrine : « Mea culpa »
Au-dessus, ils commencent à se relever et lèvent les yeux vers le Pardon.
Dans le cintre, Notre Seigneur en Croix détache une de ses mains en signe de pardon. Les Anges prient pour ces pénitents.
Beatus vir qui non abiit in consilio impirorum, le psaume 1
Dans le cintre, le Bienheureux homme fuit les impies qui se moquent de lui.
En dessous, sa volonté est dans la loi du Seigneur. Il la médite jour et nuit. L’heureux jardinier cueille les fruits du Bienheureux arbre.
En bas, l’Enfer pour ceux qui ne suivent pas la loi de Dieu.
Ite in vineam meam : c’est le texte de l’Evangile.
Dans le cintre, on voit les chômeurs, le maitre vient : « Pourquoi restez-vous là à en rien faire ? »
« Nous n’avons personne pour nous conduire »
« Allez à ma vigne »
En dessous : voici celui qui pioche la vigne.
En bas, voici celle qui a choisi la Vie Contemplative, elle part en courant vers le Cloître où l’attend la mère Abbesse.
Pulsantur Campanae
La sonnerie des cloches
Les scènes de sonneurs de cloches sur les vitraux rappellent le rythme de la journée et des heures canoniales.
Le vitrail transforme la lumière du jour en éclat divin, tandis que la cloche appelle les fidèles à la prière, unissant le visuel et l’auditif dans l’édifice.
Historiquement, les cloches rythmaient la vie du village, une importance que l’art religieux immortalisait parfois en image.
Ludens coram deo : Jouant devant Dieu
Voici la vie parfaite. Tout l’être n’est qu’un jeu devant Dieu ; Joie de tout l’être sans lutte. Dieu applaudit.
Et pulchri amoris matri coronas nectite
La mère du Bel Amour est assise dans le cintre, acceptant toute joyeuse, les couronnes que lui tressent ses enfants. Hymne des 2ème Vêpres du Saint Rosaire.
Super flumina babylonis illic sedimus et flevimus
Dans le cintre, ils pleurent le Paradis perdu, assis au bord du fleuve.
En dessous, « Nous avons suspendu nos cithares aux saules du chemin ».
En bas, l’ironie du démon s’adressant au pauvre vaincu : « chante nous les cantiques de Sion »
Le vaincu se redresse et applique au démon la vengeance qui lui revient.
Erectio in Abbatia
L’érection en Abbaye
Le roi Louis XVIII fit don au prieuré du domaine du Temple — dont est issu le nom de l’abbaye —, la communauté y est expulsée en 1848 et s’installe dans l’hôtel particulier du 20 de la rue Monsieur. Après la loi de séparation puis la Première Guerre mondiale, la communauté est expulsée de la rue Monsieur. Élevée au rang d’abbaye en 1932, la communauté s’installe provisoirement à Meudon, puis se fixe définitivement à Vauhallan au hameau de Limon en 1951.
Sources : les descriptions des vitraux sont issues des documentations mises à disposition dans l’église abbatiale, et du document « VITRAUX de l’église abbatiale de Limon par Mère Geneviève Gallois » disponible à la boutique de l’Abbaye.

