Un nouveau prêtre sur le Secteur de Palaiseau
L’Abbé Jean-Calvin MOTUBA NZALE, un prêtre congolais missionnaire, vient de s’installer au presbytère de Palaiseau pour 1 an. L’équipe Communication du secteur a été la première à l’interviewer.
Si vous n’avez que quelques secondes, voici son parcours en résumé :
- 23 septembre 1962, naissance au sein d’une famille catholique à Pimo, en République Démocratique du Congo.
- 1963, baptême.
- 1973, première communion. Il annonce vouloir devenir prêtre.
- 1974, confirmation.
- 1975, renonciation à l’inscription au petit séminaire. Il a changé et veut devenir médecin.
- 1976, inscription dans une école scientifique protestante.
- 1977, intégration du mouvement chrétien des Focolari. La vocation de prêtre revient.
- 1983 : diplôme d’état (équivalent du baccalauréat). Le directeur de l’établissement, un protestant, accepte de lui faire une lettre de recommandation pour qu’il devienne prêtre catholique.
- De 1983 à 1985 : enseignant de mathématiques et de physique dans un lycée.
- De 1985 à 1994, formation pour devenir prêtre : 1 an de formation en propédeutique parce qu’il n’a pas fait le petit séminaire, puis 3 ans de philosophie, 3 ans de théologie et 2 ans de stage en paroisse.
- Sacerdoce le 28 août 1994 à Basankusu, le jour de la Saint Augustin. Sa devise devient « aimer et servir ».
- Jusqu’en 2001, il exerce 2 ans comme vicaire au service d’une paroisse, puis 5 ans comme curé et doyen (équivaut au responsable de secteur).
- 2001, nommé vicaire épiscopal en charge de l’évangélisation du diocèse, tout en restant curé et doyen.
- De 2005 à 2010, études de communications sociales, à la demande de l’évêque.
- 2019, nommé vicaire général du diocèse et directeur d’une radio nouvellement créée, la radio catholique diocésaine « Lisanga Bomoi » (« l’Union fait la Vie »). En tant que directeur de cette radio, il y met en place des programmes d’évangélisation qui relaient les activités et les événements du diocèse. Au fil des années la radio se développe à toute la population.
- 2025, envoyé en France dans le diocèse d’Evry. Pour le moment, il est affecté au secteur Palaiseau pour 1 an.
Entre la photo d’aujourd’hui et sa photo d’ordination, il y a du changement physique bien sûr, mais s’il y a une constante chevillée au corps, c’est bien sa devise « Aimer et Servir ». Découvrez dans la retranscription de l’interview ci-dessous la personnalité sincère et attachante de notre nouvel Abbé.
« Aimer et Servir »
Cette longue retranscription vous présente notre nouvel Abbé Jean-Calvin, un prêtre congolais missionnaire, qui va vivre au presbytère de Palaiseau durant 1 an avec nous. Appel très jeune à la vocation de prêtre dans l’Église catholique, mission d’évangélisation, Directeur d’une radio catholique de la République Démocratique du Congo… Monsieur l’Abbé Jean-Calvin nous rend un témoignage vivant de l’amour, du service et de la fraternité œcuménique entre catholiques et protestants.
Bienvenue dans nos paroisses ! On espère que vous prenez vos marques petit à petit et que vous vous y sentez bien. Merci de prendre ce temps avec nous pour cette interview. Pourriez-vous vous présenter brièvement et d’abord, nous avons entendu que vous faisiez appeler « Abbé » plutôt que « Père ». Sentez-vous libre, car ici, beaucoup de gens disent que le mot « père » les met mal à l’aise.
Alors appelez-moi monsieur l’Abbé Jean-Calvin ou tout simplement Jean-Calvin. Je viens de la République Démocratique du Congo, diocèse de Basankusu dans la Province de l’Équateur. Je suis né à Pimo le dimanche 23 septembre 1962. Je devenu prêtre à 32 ans, le 28 août 1994. Je suis arrivé à Palaiseau le 28 août 2025, le jour de l’anniversaire de mes 31 ans de vie sacerdotale. Je suis missionnaire et c’est ma première expérience en Europe. Pour le moment, j’ai une affectation de 1 an à Palaiseau et je suis logé au presbytère.
Pourriez-vous nous présenter votre famille ?
Mon père travaillait dans l’Administration Publique. Ma mère était Directrice d’un foyer social puis elle a fini sa vie comme ménagère. Avec maman, papa avait fait 12 enfants, je suis le deuxième enfant. 5 de mes frères et sœurs nous ont quittés. Nous sommes donc encore 7 enfants vivants : 4 garçons et 3 filles. Mes deux parents sont désormais décédés.
Monsieur l’Abbé Jean-Calvin, vous avez connu un appel au sacerdoce très tôt dans votre vie. Racontez-nous.
Je suis issu d’une famille catholique. Mon père et ma mère se sont mariés à l’Église. J’ai été baptisé en 1963, rapidement après ma naissance. Quand j’étais enfant, mes parents chantaient des chants chrétiens à la maison et ils étaient chantres à la messe. L’ambiance était religieuse, on priait en famille. Au Congo, à travers la famille, on a la dévotion mariale, le chapelet. En dehors de cela, nous vénérons le bienheureux Isidore Bakanja et la bienheureuse Marie-Clémentine Anuarite Nengapeta.
En 1973, l’année de ma première communion, j’ai dit spontanément au prêtre « je veux devenir comme vous » car j’admirais sa prestation. Il m’a expliqué quelles sont les étapes pour devenir prêtre : il faut faire le petit séminaire, puis le grand séminaire, il faut faire d’abord la philosophie, puis la théologie… Mais je n’avais pas encore dit mon souhait à mes parents. Alors le jour de ma première communion, le prêtre a voulu vérifier si mes parents étaient au courant, et il leur en a parlé. Pour vérifier, le soir-même mon papa nous a tous réunis, mes frères et sœurs, autour de la table. Il nous a classés selon l’ordre des naissances. Il a demandé à l’aînée, ma grande sœur, « qu’est-ce que tu veux faire dans la vie ? ». Elle a répondu qu’elle voulait devenir maîtresse, métier qu’elle exerce aujourd’hui. Puis, au lieu de passer à moi, puisque je suis le second, il a soudainement demandé au plus jeune de la fratrie. Il voulait terminer par moi. C’est là que je lui ai dit « je veux devenir prêtre ». Comme papa avait eu des ambitions religieuses qui n’avaient pas abouties et que maman aussi avait eu une période où elle voulait devenir religieuse, ils se sont mis à m’encadrer de façon à protéger cette idée-là. Un an plus tard, en 1974, j’ai été confirmé.
Alors que la vocation sacerdotale vous semblait évidente, vous allez connaître en grandissant une période de doute et vous orienter vers une autre vocation. Comment cela est-il arrivé ?
En 1975, vers mes 12-13 ans, mon père a été muté. Nous avons déménagé dans une autre agglomération où il y avait un grand hôpital. Je voyais les médecins soigner les gens dans leur belle blouse blanche et leur masque… J’ai dit à mes parents « je vais devenir médecin ». Cela ne plaisait pas à mes parents. J’ai pourtant renoncé à participer au test d’admission au petit séminaire, afin de m’inscrire dans un établissement où l’on étudie les matières scientifiques (équivalent de la filière scientifique au lycée). Papa n’était pas d’accord, et le jour de l’inscription, il n’a pas voulu m’aider. Il m’a dit « Va t’inscrire toi-même ». Quand je suis arrivé pour m’inscrire, tout seul, les inscriptions de l’école étaient déjà clôturées et les listes des élèves déjà publiées. J’ai fondu en larmes devant le préfet des études (équivalent du directeur de l’établissement). Alors le préfet s’est renseigné sur mon dossier, sur mon école de provenance et il a rajouté mon nom manuellement aux listes d’élèves admis.
Vous entamez alors une formation scientifique durant laquelle vous connaîtrez un véritable retour à l’aspiration sacerdotale. Racontez-nous ce beau moment.
Le lycée scientifique que j’ai intégré était une école protestante, notez bien cela. Mais j’allais tous les dimanches à notre messe catholique, j’étais servant d’autel. Vers 1977, j’ai intégré un groupe de jeunes chrétiens, « Les Focolari ». Une religieuse belge de la congrégation des sœurs missionnaires du Cœur Immaculé de Marie (ICM) nous encadrait. Dans cette ambiance-là, l’idée de devenir prêtre m’est revenue, cette fois avec détermination. En 1983, le dernier jour des épreuves du diplôme d’état (l’équivalent du baccalauréat), j’ai demandé au préfet des études, un protestant, une lettre de recommandation pour devenir prêtre catholique. Je lui ai dit « je deviendrai prêtre là où on me dira d’aller ». Il m’a rédigé une magnifique lettre. Entre 1983 et 1985, avant mon admission au séminaire, j’ai commencé à travailler. J’enseignais les mathématiques et la physique au lycée.
Racontez-nous votre formation et votre début de vie sacerdotale.
De 1985 à 1994, j’ai ainsi réalisé le cursus pour devenir prêtre dans le diocèse de Basankusu : d’abord 1 an de formation propédeutique (politique et spirituelle) pour compenser le fait que je n’avais pas fait le petit séminaire. Puis 3 ans d’études de philosophie au séminaire interdiocésain, 3 autres années d’études de théologie à l’université catholique du Congo à Kinshasa, et enfin, 2 ans de stage en paroisse. À la fin du stage, j’ai reçu l’ordination sacerdotale le 28 août 1994 dans le diocèse de Basankusu. J’avais 32 ans et c’était le jour de la Saint Augustin. Ma devise est devenue « aimer et servir ».
J’ai commencé à exercer 2 ans comme vicaire de paroisse, puis 5 ans en tant que curé et doyen dans plusieurs paroisses jusqu’en 2001. Le doyen équivaut au responsable de secteur pastoral en France.
En 2001, une mission d’évangélisation vous est confiée et vous devenez progressivement Directeur d’une grande radio, une radio diocésaine catholique. Racontez-nous.
De 2001 à 2019, tout en restant curé et doyen, j’ai été nommé vicaire épiscopal en charge de l’évangélisation dans le diocèse. En parallèle, entre 2005 et 2010, mon évêque m’a envoyé faire des études de communications sociales à l’Université catholique du Congo. J’ai plus précisément intégré la filière « Journalisme, information et communication ». En janvier 2019, j’ai été nommé vicaire général. J’ai exercé ce ministère jusqu’en décembre 2023. Pendant ce temps, nous avons lancé notre propre Radio catholique diocésaine « Lisanga Bomoi », ce qui signifie « l’Unité fait la Vie ». J’assurais la Direction de cette nouvelle radio.
En tant que Directeur radio et vicaire général, qu’avez-vous mis en place pour répondre à votre mission d’évangélisation du diocèse ?
Nous avons commencé par mettre en place des programmes qui annonçaient l’animation pastorale de l’évêque et les événements du diocèse.
Nous avons aussi réalisé des émissions pour illustrer toute cette vie, en allant auprès de l’évêque, des curés, des prêtres, des religieux frères et sœurs, des missionnaires, des scouts, des catéchuménats, des enseignants, des parents, des servants d’autel, des laïcs… Chacun était amené à parler de son quotidien : par exemple pour les parents, comment ils gèrent le fait d’être papa et maman catholiques et comment ils gèrent leur vie professionnelle en parallèle.
Nous avons ensuite envoyé des animateurs radios dans des paroisses et des congrégations du diocèse, qui fait environ 77 000 km². Cela créait un lien fort entre les paroisses du diocèse. Comme le Congo est un milieu rural, afin d’être proche des besoins quotidiens des habitants, nous avons aussi conçu des émissions avec des personnes de professions diverses: forgerons, pêcheurs, chasseurs, menuisiers, scieurs de bois, médecins, infirmiers, vétérinaires… Ainsi, la population était tenue informée des actualités, du calendrier agricole, quand planter quoi, des conseils pour gérer leur quotidien et leur santé en milieu rural… Le caractère restait catholique, nous nous intéressions juste à la vie quotidienne de nos habitants, à répondre à leurs besoins quotidien et spirituels. Enfin, l’état civil était aussi annoncé (naissance, décès, mariages…).
En revanche, nous ne faisions pas de politique. Uniquement de l’évangélisation, de la vie active, de l’actualité générale. Il faut savoir aussi que les protestants n’avaient pas de radio. Lorsqu’ils avaient des annonces à faire, on leur donnait la place. Les pouvoirs publics et la police se sont eux-aussi joints pour utiliser notre radio, par exemple pour les annonces de santé, ou de nouvelles réglementations… Cela a contribué au grand nombre d’auditeurs. Par son caractère pratiquement « neutre » et de vie quotidienne chrétienne, notre radio était très suivie. Je n’ai pas les chiffres mais je dirais au moins 85% de la population.
Vous parliez de l’unité, avec le nom de la radio « l’Unité fait la Vie ». Comment définissez-vous cette unité ?
Que cela soit pour le pays, pour les chrétiens, que cela soit pour la vie en famille, pour la vie au travail… dans n’importe quelle société, l’unité est le ciment de base. Ce n’est pas qu’une unité des catholiques, mais l’unité de tout le genre humain. En tant que catholique, il faut se rappeler notre foi : Dieu Un est Trinité. Il est Un et Trinité. Il a dit « faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance ». On ne peut pas parler du Père sans parler du Fils et de l’Esprit Saint. L’unité c’est le ciment, le fondement même de la Vie. Il nous faut cette unité les uns avec les autres. Sans l’unité, tout se décompose, il n’y a pas de Vie.
Dans votre parcours, vous nous présentez des liens fraternels étroits entre les catholiques et les protestants au sein de la République Démocratique du Congo. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Vous savez, notre pays a son histoire. Nous n’étions pas chrétiens à l’origine. C’est avec l’arrivée des blancs, les portugais, les anglais, les belges, les français etc… qu’il y a eu une évangélisation. Les premiers missionnaires blancs arrivés dans notre région étaient protestants. Nous avons appris à travailler ensemble, entre protestants et catholiques, dans pleins de secteurs de vie, notamment pour l’école, la santé, le social et les églises. Nous servons la même population, nous nous sentons être là pour une cause commune. Le sentiment œcuménique est fort en République Démocratique du Congo, surtout entre catholiques et protestants.
Après un tel parcours, comment ce nouvel appel à devenir missionnaire en France s’est-il manifesté ?
Après 31 ans de ministère sacerdotal, en dialogue avec mon évêque, nous nous sommes dit qu’il fallait peut-être que j’aille désormais servir d’autres diocèses. Mon évêque était chargé de déterminer là où il m’enverrait. Comme il avait travaillé au diocèse d’Evry, il a contacté l’évêque d’Evry et ils m’ont orienté à la paroisse Saint Martin, du secteur de Palaiseau.
Je n’ai pas de message particulier à passer, je suis au service de Dieu et de son Église. Sous la direction des autorités ecclésiales de ce diocèse, je serai au service tant pour les plus jeunes que les plus anciens. Je rappelle que j’ai été ordonné le jour de la Saint Augustin et que ma devise sacerdotale est « Aimer et servir ». Cela résume l’évangile et la communauté des saints. L’amour se fait par le service. Quand on aime, on se met au service.
Guidé par cet amour et ce service, y a-t’il eu des moments où vous vous êtes particulièrement senti touché ou témoin des grâces de Dieu ?
Oui. Les plus petits services qu’on rend au gens, surtout aux gens en souffrance, les touchent profondément. Même des années après, ces grâces nous reviennent. Les gens vous en reparlent et en ressentent encore le bonheur. C’est pour moi une expérience de Dieu. Lorsqu’on se met au service, Dieu vous accompagne et vous accepte toujours.
Depuis que vous êtes arrivés, quel est votre quotidien ? Des choses vous ont-elles marquées ?
Je me suis installé il y a 2 semaines à peine. J’ai pris contact avec l’évêché. On règle tout ce qui est administratif. Je commence à participer dans les grandes réunions de la paroisse avec le père Jean-François qui « m’aiguise » de ses conseils et j’ai présidé quelques messes. Ma première messe était une messe du matin, à l’église Saint Martin. J’ai aussi eu la chance de visiter quelques familles et d’être invité.
Parmi les choses qui ont fait mon bonheur en arrivant ici, c’est que le père Jean-François m’a mis en contact avec les familles. Je suis marqué par la qualité de l’accueil. On m’accueille avec joie. On m’a manifesté de la fraternité, de l’amour qui m’accroche véritablement. J’en suis très, très reconnaissant. Je ne demande pas à ce qu’on m’invite mais je suis très heureux lorsqu’on le fait. Cela me donne l’occasion de vous découvrir différemment. L’activité pastorale, c’est aller vers ceux pour lesquels nous sommes envoyés. C’est comme l’a dit le Pape François, « sentir l’odeur des brebis, porter l’odeur des brebis dans ses vêtements ».
Ah et pour l’anecdote. Quand je suis arrivé, j’étais en habit léger… Mais le froid m’a corrigé ! [rires]. Je suis habillé plus chaud désormais !
Pour me contacter:
Abbé Jean-Calvin Motuba Nzale
ajcmotuba@gmail.com
Interview par Jean-Louis Coullon et Héloïse Vanhecke
le 07 septembre 2025, à la paroisse Saint Martin à Palaiseau
