Célébrer Pâques : Baptême, création du monde, libération d’Égypte

15 Avr,2021Nos actualités

Chaque année, à la vigile pascale, nous célébrons des baptêmes et renouvelons les promesses de notre propre baptême. Tout sacrement est participation à la mort et la résurrection du Christ. « Baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité d’entre les morts nous vivions avec lui aussi d’une vie nouvelle (Ro 6, 3-4). » Le baptême est renaissance, nouvelle création. Il fait de nous non plus des esclaves mais des hommes libres.

Dans les lectures de la vigile, nous proclamons les deux récits fondateurs : la création du monde et la libération d’Égypte.

Dans la Bible, les textes évoquant la création évoluent selon leur contexte. Chaque récit doit être resitué dans l’environnement historique de leur élaboration. Chacun est écrit à un moment particulier de l’histoire. Ce ne sont pas des textes scientifiques, mais des textes de « sagesse » dont il s’agit de découvrir le sens.

Au final, se dessine une cohésion d’ensemble. Par exemple, la création n’est pas conçue comme un combat contre le chaos comme dans certains mythes proche-orientaux. Elle est une création par la parole. Sous-jacent à ces récits, il y a l’affirmation que Dieu est unique. Il n’y a pas plusieurs dieux. Il n’y a qu’un seul principe à l’origine du monde (Ne 9, 6).

Ensuite, les récits de création doivent être replacés dans l’ensemble de l’histoire d’Israël dont l’expérience fondatrice, rappelons-le, est la libération d’Égypte. Le Dieu libérateur est le Dieu créateur. L’annonce de la délivrance d’Israël s’accompagne d’une réflexion sur la création du monde.

 Les récits du livre de l’Exode, rassemblés sur plusieurs siècles, ne sont pas des chroniques de faits historiques, mais ils ne sont pas non plus de pures inventions. Ils veulent transmettre une tradition dans un but de manifester qu’Israël doit son existence à une force qui n’est pas de ce monde. C’est à son Seigneur, à son Dieu qu’il doit son origine : « Vous savez que c’est moi le Seigneur (Ex 10, 2). »

Ce Dieu, Seigneur d’Israël, qui l’a fait sortir d’Égypte, est ainsi le créateur de l’univers. Après l’institution de la Pâque, le passage de la mer (Ex 14) présente l’intervention de Yahvé comme une nouvelle création. Les eaux se partagent pour qu’Israël puise passer : il a pu commander au vent, à la mer, et faire apparaître la terre sèche au milieu des eaux (comme en Gen 1) alors que les eaux se referment sur les Égyptiens comme l’avaient fait les eaux du déluge sur l’humanité.

Après la libération d’Égypte, c’est bien lui le créateur de l’univers qui vient installer son sanctuaire, dans le désert (un sanctuaire à roulettes), au milieu du campement d’Israël, et au centre de toute la création. (Cf. Ska (Jean-Louis), Le livre de l’Exode, Cerf, 2021.)

Il y a donc une relation étroite entre la libération du peuple et la création de l’univers : celui qui te libère est bien celui qui t’a créé. Il y a un lien très fort entre la création d’Israël et la création du monde. Celui qui « fit sortir Israël d’Égypte » est bien celui qui « fit les cieux avec sagesse ».

Le récit qui rend compte de la réflexion sur la création du ciel et de la terre est calqué sur le récit de la libération d’Égypte. « À bien des égards, l’action créatrice est garante de l’action libératrice, car c’est le même Dieu qui a montré sa puissance en fondant la terre, en créant les cieux et leur armée, qui la montrera en délivrant le peuple qu’il a créé. »

Frère Jean-Marie Burnod