Des femmes et des dieux – Floriane Chinsky – Kahina Bahloul – Emmanuelle Seyboldt
Trois femmes se sont retrouvées pendant une semaine pour échanger et écrire un livre ensemble. Floriane Chinsky est rabbin ainsi que docteure en droit et formatrice en Écoute Mutuelle. Elle exerce actuellement à Judaïsme en mouvement (JEM) ; Kahina Bahloul est imame, islamologue franco-algérienne. Elle est la co-fondatrice du projet d’association cultuelle La Mosquée Fatima, qui promeut un islam libéral ; Emmanuelle Seyboldt est pasteure et présidente du conseil national de l’Église protestante unie de France. Elles ont abordé tous les sujets qui leur tenaient à cœur.
Elles apportent des éclairages passionnants et accessibles à tous, s’appuient sur leurs histoires, confrontent leurs parcours et racontent les obstacles qu’elles ont surmontés dans un climat d’écoute et de concorde qui irradie tous leurs échanges.
Ce livre est le fruit de leur aventure, exposé en sept chapitres comme les sept jours de leur semaine de travail.
Le premier jour retrace leurs parcours personnels : leurs convictions, leurs rencontres, leurs questionnements, leurs formations et l’exploration de leur religion, les difficultés rencontrées en tant que femmes …
Jour 2 : leurs religions et traditions sont imprégnées d’un patriarcat qui s’est construit durant plusieurs siècles voire plusieurs millénaires : à travers l’étude de la place des femmes dans les textes, les auteures expriment comment elles conçoivent les choses pour elles et leur communauté. Elles s’appuient sur des grandes figures : Elisabeth Schmidt en ministère pastoral dès 1936, pour l’Eglise réformée, Régina Jonas, première femme rabbin de l’histoire au sens moderne, ordonnée en 1945, Amina Wadud, première femme imame d’époque contemporaine aux Etats Unis. En remontant à la source pour les musulmans, c’est aussi l’histoire de Marie, citée dans la sourate des Prophètes qui lui confère un statut de prophétesse puis d’enseignante. Elles apportent également un éclairage sur la pensée de Paul dans ses écrits, replacés dans le contexte de l’époque.
Et aussi des commentaires plus personnels : « La façon dont on traite la femme dans une société renseigne sur la manière dont cette société va traiter l’altérité, la minorité. Il y a un lien étroit entre le sort des femmes et l’avancement des droits humains et des libertés fondamentales. »
Jour 3 : les auteures définissent ensuite sommairement, mais clairement, quels sont les principaux piliers de leurs religions et traditions, et nous aident à mieux les comprendre. S’appuyant sur des textes de la Bible, du Coran ou de la Torah écrite, elles constatent les ressemblances, comme les différentes façons dont les évènements narrés ont été compris. Le Messie pour les Chrétiens est- il l’équivalent de la sortie d’Egypte pour les Juifs ? Elles évoquent ensemble les différents niveaux vécus par chacune des trois religions, à travers la foi, la prière, le jeûne, la charia, le port du foulard, shabbat …
Jour 4 : la question féministe est essentielle aujourd’hui. Les auteures s’expriment sur comment elles se définissent elles-mêmes et ce qu’en disent les textes. En tout état de cause, quelque soit les écrits, pour les comprendre, il faut les remettre dans leur contexte, d’où l’importance d’une lecture historico-critique. Les trois auteures citent, un peu dans le désordre : les femmes devant le tombeau du Christ sans lesquelles il n’y aurait pas eu d’Evangiles, l’histoire des filles de Celofhad (tirée du Livre des Nombres), la Samaritaine, Marthe, Sarah, « première matriarche du judaïsme » dont le parcours est raconté dans la Génèse, Myriam, prophétesse et femme fondamentale dans la Torah écrite, et, dans la tradition musulmane, Khadija, première épouse de Muhammad, première à entendre les révélations reçues par le prophète et à se convertir à la nouvelle religion qu’est l’islam.
Elles rappellent que derrière un grand nombre d’avancées historiques se cachent des femmes trop peu connues. La vraie question ne serait-elle pas : « Où en sommes nous aujourd’hui et comment contribuons-nous aux avancées encore nécessaires ? ». Elles s’accordent à dire qu’elles ont en commun « la conviction profonde que la tradition religieuse peut servir la révolution féministe ».
Jour 5 : dans ce chapitre, les auteures tentent de répondre aux questions : « Et le corps dans tout ça ? Quelle est la place du corps de l’homme et surtout de la femme dans nos religions et traditions respectives ? ». Toujours en s’appuyant sur les textes, elles échangent avec émotion sur la relation homme/femme, la place de la femme dans l’espace public, le rapport de la religion à l’amour, au désir, au plaisir, à la sexualité, à la procréation, à la contraception…
« On ne peut pas mépriser son propre corps, on doit le prendre au sérieux, en prendre soin ; […] on doit respecter la différence, être à l’écoute de l’autre et du corps de l’autre. L’autre est une promesse. »
Elles soulignent toutes les trois la nécessité de l’éducation à faire, chez les garçons notamment, l’importance de la verbalisation et celle de poser le cadre : « liberté et responsabilité pour tout le monde », pour que les femmes trouvent leur place tout naturellement dans la société.
Jour 6 : adopter une approche historique et critique des textes, c’est considérer ce qui est de l’ordre du divin et de la transcendance, tout en analysant la part de l’histoire et de la culture, dans le judaïsme, le christianisme comme dans l’islam. Les textes doivent être expliqués, interprétés et proclamés afin d’y trouver ce qui fait sens pour chacun, et de s’en inspirer pour faire preuve de liberté dans sa vie. Vérité biblique et vérité historique ne sont pas au même niveau, mais se complètent.
Jour 7 : enfin, les trois femmes s’interrogent sur ce qu’elles entendent par « sacré ». Elles y mettent chacune des notions différentes, depuis celle de la sainteté, du respect de l’autre et de toute création de Dieu, à celle de la Vie…..
Des femmes et des dieux est une belle illustration du dialogue interreligieux, souvent difficile lorsque l’on aborde les questions théologiques et sociétales. L’ensemble de ces réflexions approfondies, bien que distinctes par leurs spécificités spirituelles, font de cet ouvrage un admirable consensus d’unité, et un livre plein d’espérance, qui nous aide à saisir l’essentiel.
Monique BOUDET
Le livre est en vente à La Procure Evry
La boutique à Evry, 4 place de l’Yerres, est ouverte du lundi au samedi de 10h à 18h30 sans interruption.
Il est possible de commander par téléphone au 01 60 77 66 22 ou sur le site laprocure-evry.com
